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Lidée que vous avez eue le 13 août dernier vers 22H56 était bonne !
Paru dans "Les Echos" daté du 5 septembre 2003
Lidée que vous avez eue le 13 août dernier vers 22H56 était bonne; peut-être même meilleure que celles que vous êtes censé avoir à chacun de vos comités de direction. Lair caniculaire était enfin redevenu respirable. Vous nétiez pas en représentation face à vos collaborateurs. Depuis quelques jours, votre femme, la mer et les étoiles vous paraissaient plus belles. Vous aviez même oublié que vous étiez en vacances. Et puis soudain, lidée a jailli et elle vous a emporté.
Vous ne pouviez plus reprendre vos activités professionnelles comme si de rien nétait. Il fallait impérativement que cela change. Ou que vous changiez. Lidée que vous avez eue face à la mer le 13 août dernier vers 22H56 était bonne. La jubilation intérieure quelle provoqua chez vous navait rien à voir avec le plaisir furtif que provoque la certitude davoir atteint le seuil de déclenchement de votre bonus. Ou la confirmation du leadership de votre marque sur le segment des « produits fromagers à pâte lavée »
Souvenez-vous; vous voliez !
Votre vision dépassait soudain le bout de votre prochain comité exécutif. Tout senchaînait avec une logique implacable. Vous aviez repris les commandes de votre destinée. Vous envisagiez les onze mois vous séparant de lété 2004 avec une rare gourmandise. Votre entreprise allait se mobiliser autour de votre beau projet. Vous alliez changer vos relations avec vos équipes. Vous alliez revoir sérieusement léquilibre écorné de votre vie professionnelle et de votre vie personnelle. Alors, pourquoi diable, avez-vous abandonné cette fulgurance, en laccrochant à larbre de la peur, du doute, de la désillusion ou du confort, juste avant le péage de Saint-Arnoult ?
Vous aviez pourtant raison, il fallait que ça change.
Cétait de votre responsabilité de manager surinformé, instruit, bien intégré et certainement talentueux - voire chanceux - de déclencher le mouvement. Cétait une bonne occasion de donner un peu denvergure et de sens à votre mission. Au-delà de votre remarquable collection de diplômes, de votre carrière sans faute, de la belle progression de vos revenus, de la considération de vos pairs et de ladmiration béate de vos amis. Cétait enfin une jolie façon de démontrer que la vie professionnelle ne se résume pas à lart de rendre compte, de justifier son job, de surfer sur les théories macro et micro-économiques à la mode, de déstabiliser ses rivaux, ou de passer entre les mauvaises gouttes de la conjoncture.
Votre idée était bonne, débarrassée du fatras de conformisme intellectuel dans lequel baignent la plupart des réflexions stratégiques de votre environnement.
Vous pressentiez déjà avec justesse les limites du modèle dans lequel vous avez évolué bon an mal an. Vous étiez las de demander en permanence ce que vous devez faire à des clients qui nen ont bonnement aucune idée. Vous étiez épuisé à la perspective de devoir plancher jour et nuit pour rendre présentables aux analystes des résultats de plus en plus décevants. Vous étiez convaincu quacquérir avec de coûteux subterfuges lintérêt et la fidélité de consommateurs, de collaborateurs ou dactionnaires de plus en plus opportunistes allait durablement dégrader la profitabilité et la pérennité de votre activité.
Votre idée, inédite, concrète, sensée était bonne et méritait dêtre creusée, partagée, challengée. Elle avait du souffle. Elle se jouait des préjugés, des conventions. Elle était inscrite en creux dans le code génétique de votre marque. Elle pouvait marquer la renaissance de votre entreprise, de votre département ou de votre organisation. Elle nappartenait quà vous et vous donnait sans doute pour la première fois limpression dêtre vraiment utile.
Alors vite, faites demi-tour et exploitez-la fissa. Il est grand temps que vous tiriez profit du capital dimagination, daudace et de courage que la tyrannie du court terme et du relativisme vous fait trop souvent négliger. Votre entreprise, comme lensemble de léconomie, ne peut plus attendre léventualité de vos prochaines vacances pour espérer sortir du climat désenchanté et stérile dans lequel nous prenons tous un malin plaisir à nous complaire.
© Aubry Pierens* / We
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(*) : Aubry Pierens est associé-gérant du cabinet conseil en stratégie We, co-auteur du livre « Les Clés Pour Innover » (Editions Liaisons) et professeur au MIP (Management Institute of Paris). |
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